30 oct. 2009

Bloguer comme activité sociale


Dans leur article de 2004, les co-auteurs Bonnie A. Nardi, Diane J. Schiano et Michelle Gumbrecht rapportent les résultats d’une étude ethnographique sur la pratique du blogue. Les chercheurs se sont concentrés sur les blogues écrits par des individus ou par des petits groupes de rédacteurs, mais toujours tournés vers des publics limités. Le titre de leur travail est « Blogging as social activity, or, would you let 900 million people read your diary? ». En effet, la pratique du blog est une forme de communication qui repose sur la base du Web, elle est devenue très rapidement « mainstream » et touche un grand nombre important de lecteurs potentiels. Les blogues sont des pages web mises à jour fréquemment avec l’archivage des « posts » précédents, en général dans un ordre chronologique inversé. Le contenu d’un blog est principalement textuel, mais ils peuvent également montrer des photos ou d’autres éléments multimédia. La plupart fournissent des liens hypertextes vers d’autres sites Internet et ils permettent d’avoir accès aux commentaires laissés par le public. C’est autour de 1997 que la pratique apparaît sous la forme de scripts de nouvelles. Aujourd’hui, les outils rendent cette pratique très simple et accessible à un grand nombre de personnes, « pushbutton publishing for the people ».

Les auteurs parlent des motivations pour tenir un blogue, et ils étudient la qualité de interactivité sociale qui caractérise les blogues dont les relations avec leurs publics. Les blogues proposent de nombreuses variétés de nature et de contenu, mais la plupart sont considérés comme des journaux personnels, et parfois ils ont une forme confessionnelle. Herring et al. (2004) ont décrit trois principaux types de blogues (In A genre analysis of weblogs) : les journaux personnels avec un auteur individuel, les « filtres » (parce qu’ils sélectionnent et fournissent des commentaires sur de l’information provenant d’autres sites) et les « journaux de la connaissance ». 70 % des sites de leur échantillon étaient du type du journal personnel, « online diary ». Pourquoi les personnes utilisent les blogues et comment la relation avec les lecteurs est-elle gérée ? L’article y répond en montrant plusieurs parties d’analyses : les pratiques du blogue, les blogues comme pratique sociale, l’objet de cette activité. Ils montrent ainsi de nombreux objets de motivation pour bloguer. 1) tenir au courant les autres sur ses activités et ses rencontres ; 2) Exprimer ses opinions pour influences les lecteurs ; 3) Solliciter l’opinion des autres et des retours ; 4) « des pensées écrites » ; 5) Relâcher sa tension émotionnelle.

23 juil. 2009

Mode connecté




En s’appuyant sur les usages observés en France, Dominique Cardon et Fabien Granjon ont exploré en 2002 les approches de la communication par réseau. Leur article pose la question de savoir si les pratiques culturelles et de loisir peuvent expliquer les pratiques de communication ? Cette approche par réseau permet de comprendre plus finement les liens qui unissent les pratiques culturelles du jeune adulte Nathan et ses manières d’échanger avec les différents groupes de son espace relationnel. La méthode utilisée dans l’étude de ces deux auteurs est celle des carnets de sociabilité qui permet d’articuler deux grandes « techniques » de différenciation des publics : celles qui privilégient les contenus et celles qui s’attachent à objectiver des pratiques empiriques. L’approche vise à cartographier plus finement les usagers des outils de communication en intégrant les contenus culturels. Avec les individus du groupe que Nathan considère comme ses meilleurs amis, l’étude montre que les relations s’organisent par des rencontres en face-à-face. Mais l’originalité de l’analyse porte sur un point de vue nouveau autour du développement des pratiques de communication. L’étude montre que le réseau de sociabilité s’organise aussi par la téléphonie mobile. Les modes de communication sont soit vocales soit écrites. Le groupe échange également par le courrier électronique. Le réseau de sociabilité de Nathan s’étend à la sphère des internautes.


L’étude présente que dans ce type de relation, les contacts sont tous électroniques avec une place importante accordée à - tenue par - la messagerie instantanée. Outre l’âge, le fait d’être seul au foyer est également un facteur important dans l’usage des pratiques de communication comme la messagerie instantanée et le chat. Dans Réseaux n°113, daté de 2002, Christian Licoppe observe que le fait d’avoir du temps disponible favorise, d’une manière générale, les échanges communicationnels en « mode connecté ». Les messageries instantanées comme ICQ et le messager de Voilà, sont des produits qui offrent ce service de communication utilisé pour écrire et converser en quasi-synchronie avec le correspondant de son choix.


Sur les analyses des principaux outils de communication basée sur l’Internet semblable aux deux cités ci-dessus, Valérie Beaudouin, dans son article de 2002, s’applique à la confection des profils d’internautes et de l’évolution des usages. Le chercheur constate qu’au sein d’une offre riche et diversifiée, tant du point de vue des contenus, des services que des outils de communication, les trajectoires des usages sont très variables selon les profils des internautes. L’analyse rend compte du constat que les usages sont le fruit d’un ajustement serré, rapide et constant entre offre et demande. L’étude se développe sur un ensemble de méthodes de recueil, de mise en forme et de traitement des données. L’objectif défini est de reconstituer à partir des pratiques des profils d’utilisateurs d’Internet. Les résultats sont construits à partir des données de trafic d’un panel de 1140 internautes suivie tout au long de l’année 2000. Plusieurs des résultats analytiques renseignent sur le déroulement des pratiques réelles lors des sessions de la messagerie instantanée. Les premiers se dégagent à partir des données de trafic collectées pour calibrer la durée moyenne des sessions (en minutes) selon le service utilisé. Nous retiendrons que dans 12% des sessions Internet, il y a consultation des messageries instantanées. Les sessions avec accès à ce service utilisé sur Internet durent en moyenne 36 minutes. Les seconds sont extraits de la population des utilisateurs intensifs d’Internet, qui contribue à 85% des sessions enregistrées. Un profil parmi les trois retenus, est identifié comme celui des utilisateurs de « conversation ». Ils représentent 11% de la cohorte extraite. Ces usagers articulent, dans leurs pratiques de navigation sur le Web, consultation de la messagerie électronique et conversation en direct avec la messagerie instantanée et le chat. Le chercheur note que les internautes fortement engagés dans ces bavardages écrits sont aussi ceux qui présentent la plus grande aptitude à jongler entre le Web, le courrier et les dialogues en direct dans une même séquence d’activité. Leur habileté à articuler savamment l’organisation de plusieurs activités, à maîtriser les codes d’écriture propres à chacun, leur donne aussi des statuts d’expert dans les environnements numériques.

31 mai 2009

Entretien avec cartes interactives




Nous observons une forme conversationnelle régulière dans l’entretien de recherche avec carte de géolocalisation. Elle prend la forme d’une consigne avec des relances de la consigne. La consigne prend une forme séquentielle en deux parties : 1) formuler le lieu et 2) désigner une activité propre à la référence au lieu formulé. L’ordre séquentiel dans la double consigne apparaît comme un dispositif de description mis en place interactionnellement qui permet à l’enquêteur de comprendre les activités de déplacement de l’enquêté en lien avec les horaires. Les commentaires ou explications de ce dernier informent les données informatiques de géolocalisation. Couplées, ces deux formes de ressources informationnelles permettent de mieux comprendre les déplacements de l’utilisateur de téléphone mobile. Nous posons l’hypothèse que le format propotypique du positionnement de la consigne est en relation à l’activité des participants, c’est-à-dire l’hypothèse du placement séquentiel de la consigne dans l’activité d’entretien d’auto confrontation de l’enquêté avec les données qu’il a générées. Peut-être intervient-elle lors de l’émergence d’un problème interactionnel lié à l’activité de lecture à l’écran ? Par exemple, les pauses longues doivent être gérées interactionnellement.

Les questions de l’enquêteur au format spécifique émergent dans l’activité, mais d’abord dans quel contexte conversationnel apparaissent-elles ? Pour explorer ces questions de l’articulation du discours et des actions situées pour chaque participant, nous employons l’orientation de recherche propre à l’analyse de conversation (Sacks, 1992 [1964-72] ; Sacks et Schegloff, 1973 ; Sacks, Schegloff et Jefferson, 1974). L’analyse de conversation se base sur une description de l’organisation de la « forme structurelle systématique » de la production locale de la parole-en-interaction. Les études en analyse de conversation se veulent rigoureusement empiriques, du fait que l’analyse n’est pas motivée par la théorie, l’intuition ou par des évaluations a priori de la signification des évènements représentés dans les données. La discipline propose de décrire les processus déductifs socialement organisés par lesquels les gens eux-mêmes orientent leur compétence d’agir de manière appropriée. Au fil des analyses dans cet article, nous discuterons plus en détail de l’organisation structurée, de manière plus ou moins systématique, des échanges verbaux dans le travail de mémorisation et de repérage géographique, et en particulier comment cette organisation permet l’alignement des participants sur l’activité en cours.

Comme l’a montré E. Schegloff (1972a : 1076), l’organisation structurelle globale d’une conversation entre deux participants se présente comme une alternance des tours de parole sous la forme a-b-a-b-a-b, où « a » et « b » sont les locuteurs. La séquence a-b-a-b fait que chaque tour successif est séquentiellement dépendant du précédent (ibid). Le parler-en-interaction entre Michel (sociologue-enquêteur) et Franck (enquêté), dans l’extrait 1 ci-dessous, conserve dans l’échange la systématicité de l’alternance des tours avec un ordre visible et descriptible. Dans la conversation, on observe que les deux partenaires sont amenés à rendre compte explicitement de ce qu’ils disent et à justifier ce qu’ils font indépendamment du contexte de la situation, c’est-à-dire du fait qu’il s’agisse d’une interaction d’enquête ou encore du cadre physique (Drew et Heritage, 1992 ; Schegloff, 1993). Les deux locuteurs Franck et Michel ont accès de manière commune aux ressources nécessaires qui permettent d’ordonner leur cours d’action conjointe. La question formulée par le locuteur Michel aux lignes 4 à 6 est composée de deux propositions portées par la valeur symétrique de la conjonction et (Ducrot, 1973 : 97-98). Le morphème et, en tant que connecteur logique, coordonne deux propositions de même fonction, auquel cas les deux propositions de l’énoncé sont équivalentes. Donc l’interlocuteur peut choisir de répondre à l’une ou l’autre. L’apparente symétrie dans la formulation des deux parties de la question est cependant contredite si l’on considére l’interrogation comme un objet sémantico-pragmatique. La première proposition « tu peux repérer à quel endroit c’est ça » est posée de façon absolue. La seconde proposition « et quelle activité tu tu tu faisais là à ce moment là » est conditionnée par la première (Cornulier, 1982 ; Léon, 2005/1997). La subordination est implicite car elle n’est pas exprimée par les termes adéquats. Dans notre énoncé, la conjonction de coordination exprime un premier rapport sémantique d’adjonction de deux notions distinctes (le lieu et l’activité) et un second de succession temporelle. D’un point de vue interactionnel, les deux propositions ne sont pas indépendantes, ce qui affirmerait leur symétrie, mais au contraire repose sur une réponse attendue. L’énonciation du locuteur Michel est un tour allocutif qui modifie la situation ouvrant vers son interlocuteur des droits et des obligations. Le tour de parole de Michel initie la première partie de la paire adjacente question/réponse (Schegloff, 1968 ; Schegloff et Sacks, 1973) qui projette un type d’activité pour la réalisation de la suite. Dans toute paire adjacente, il existe une seconde partie qui est préférée à toute autre (par exemple l’acceptation d’une offre est préférée à son refus). C’est la notion de préférence telle qu’elle a été élaborée par Levinson (1983 : 332-345). Elle correspond à l'attente du locuteur de la première partie et sera formellement non marquée. La question de Michel marque ainsi cette attente. « Ces questions sont une façon pour un locuteur de présenter un choix de réponse à un destinataire, voire même pour l’obliger à répondre de façon prescriptive » (Léon, 2005/1997 : 5). Le tour de Michel constuit dans son énonciation l’attente i) que son interlocuteur réponde, ii) que la réponse fournisse une information. De plus, la forme de la réponse de l’interlocuteur Franck présente aussi une séquentialité en deux parties, en attente chacune de l’évaluation de la part du locuteur Michel. Conformément à une approche séquentielle (Sacks, Schegloff et Jefferson, 1974), nous concevons la paire question-réponse comme appartenant à deux tours de parole adjacents. L’ordre émerge de la conversation : à la question posée par Michel (lignes 4 à 6) qui est construite autour deux propositions distinctes dont la seconde est inclusive de la précédente, le locuteur Franck répond d’abord à la première (ligne 7) ; il y a confirmation (évaluation) par Michel (ligne 8) et ce n’est qu’ensuite que le répondeur Franck formule la réponse à la seconde proposition (lignes 9 et 10). L’interaction rend visible à la fois le travail de compréhension de la question énoncée par Michel mais également et de manière complémentaire, elle restitue, par l’organisation séquentielle des contributions des participants, à l’intérieur même de l’activité de questionnement, la catégorie d’interviewer pour Franck et celle de questionneur-évaluateur pour Michel (Schegloff, 1993). La compréhension de faire un raisonnement pratique de la situation d’enquête comme méthode sociologique émerge dans et par l’échange entre Michel et Franck.



27 avr. 2009

Comparaisons interculturelles (ii)


Dans son rapport d’étude de mars 2006, Chantal de Gournay examine une comparaison internationale de l’aménagement domestique des médias. Sur l’axe de la polarisation des usages sur un média exclusif versus une cohabitation entre filière, Tokyo incarne la polarisation maximale sur le mobile devenu un objet communicant universel, tandis que Londres présente la diversification la plus complète des usages disséminés sur plusieurs supports. L’indicateur d’une telle diversification réside dans le nombre élevé d’ordinateurs portables dans les foyers londonniens, qu’on déplace à l’extérieur de la maison aussi bien qu’à l’intérieur grâce au Wi-Fi, témoignant que l’ordinateur tend à devenir un outil aussi personnel, maniable et universel que le mobile. Après Londres, ce sont les Franciliens et les Réunionnais qui sont les plus réceptifs à la diversification des supports de communication. Au moment de l’enquête, c’est seulement dans ces trois contextes qu’on a pu repérer l’émergence de Wi-Fi et du Bluetooth, ainsi qu’une circulation des contenus entre supports (photos et musique, entre PC et mobile, de PC à PC par Internet, de mobile à mobile par Bluetooth ou MMS), alors qu’à Madrid, par exemple, on ne transfère pas les photos sur l’ordinateur, on ne les envoie pas par Internet, on se contente de les montrer aux tiers par l’écran du mobile, et surtout on les fait éditer dans une boutique. À Tokyo, la quasi-totalité des photos circulent par le mobile (MMS). Les modes de communication interpersonnelle se spécialisent selon d’abord une préférence pour l’écrit sur mobile (SMS ou mobile-mail dans le cas japonais) et Tokyo en tout lieux ; les jeunes de tous pays ; Londres (seulement au travail ou à l’extérieur), Canton (surtout chez les travailleurs migrants). La préférence de l’écrit chez les adultes marques un respect de la bienséance et des codes sociaux, en laissant au destinataire une liberté de réception dans le temps différé et dans la discrétion avec l’entourage, tandis que chez les jeunes elle correspond à la quête d’un mode d’expression inventif, compatible avec un interactivité quasi en temps réel, et identifié avec le groupe d’âge. Ensuite on trouve une préférence pour l’écrit sur l’ordinateur (courriel, messagerie instantanée), la pratique du courriel est répandue à Londres, plus partielle à Paris (plutôt sur le lieu de travail). La messagerie instantanée est pratiquée partout par les jeunes (en Chine, dans les cybercafés), comme le SMS. A la Réunion, elle se diffuse en raison des relations à distance entre les communautés ethniques et leurs familles dispersées en métropole ou dans le monde (éventuellement associée à la webcam pour entretenir le lien affectif).

31 mars 2009

Comparaisons interculturelles


"De la voix à l'écriture. La diversification des modes de communication mobile en France et au Japon" est un article de Carole-Anne Rivière paru dans la revue Réseaux en 2005. L'auteur se propose d'analyser, dans une perspective comparative, les pratiques de communication interpersonnelles liées au mobile à travers les exemples des usages au Japon et en France. Les résultats proposés découlent de deux enquêtes qualitatives consistant en une quarantaine d'entretiens semi directifs, réalisées en France et au Japon et portant sur les situations et les motivations d'usage du mobile. La communication mobile est aujourd'hui caractérisée par le développement important de l'utilisation des messages écrits (e-mail au Japon et SMS en France) pour entretenir et gérer les contacts interpersonnels. L'étude comparative de ce nouveau format de communication soulève un ensemble d'interrogations liées, de manière générale, à la diversité de plus en plus grande des modes d'entrée en contact avec autrui, et d'une façon plus spécifique, à la signification qu'on peut donner à la communication écrite sur le mobile.
Toujours dans la perspective de la transposition des usages dans ces deux cultures, Christian Licoppe présente, en 2001, une étude comparative des usages d'i-mode au Japon et des services mobiles avancés en France. Cet article présente une étude de terrain menée au Japon et en France, avec des entretiens approfondis et des observations d'usage auprès de 25 japonais et 15 français. L'objectif visé est triple : 1) analyser les pratiques effectives des japonais sur le terrain, en dehors de tout battage médiatique ; 2) interviewer et observer des utilisateurs français de mobile dans les mêmes catégories de population, pour interpréter le marché et les usages français, par la pratique ; 3) déboucher sur un ensemble de préconisations de commercialisation visant au développement spécifique du marché français. La pratique dominante et massive des usages japonais est l'envoi de messages-textes à son réseau de proches à des fins utiles et relationnelles. La deuxième caractéristique de ces usages japonais est la personnalisation des terminaux et services. Cette personnalisation prend le sens d'un symbole et d'un espace d'intimité, de chaleur et d'originalité socialement admissibles. Les différences observées en comparaison avec les utilisateurs français sont importantes. Elles portent sur les attitudes, les valeurs et les présupposés culturels qui donnent sens aux usages. Une partie du succès d'i-mode, de Docomo, tient à leur capacité à tisser finement les liens entre le service, l'usage et le réseau relationnel pour transformer la relation entre le client et l'opérateur mobile. Les études centrées sur les usages de la téléphonie mobile au Japon et en France permettent à la recherche de saisir en quoi ces usages s'inscrivent à l'intersection d'un ensemble d'utilisations différentes et relèvent de choix ajustés au contexte. Du point de vue de la recherche sur les usages, l'explosion du marché des technologies mobiles dans le monde a ouvert de nouvelles perspectives de comparaison.

18 juin 2008

un mode de catégorisation dans le forum


Comment les acteurs organisent-ils leurs interactions dans l'espace des forums de discussion et comment utilisent-ils d'autres dispositifs du réseau électronique dans le processus de construction de leurs interactions ? Les deux chercheures Valérie Beaudouin et Julia Velkovska ont analysé dans le détail et de manière très concrète l'organisation de l'espace commun sur les forums électroniques. Leur article traite d'un corpus de conversation dans les échanges asynchrones d'écrits électroniques. Le terrain de recherche initial a été un forum d'entraide, au format NNTP (protocole pour l'accès aux forums et aux newsgroups), réservé aux abonnés d'un fournisseur d'accès à Internet. "Le forum est un espace public de discussion par écrit doté de mémoire, puisque tous les messages sont lisibles par tous pendant une durée d'au moins un mois" (1999 : 125).

Le forum est analysé à partir des procédures pratiques utilisées par "les participants pour créer un espace commun d'intercompréhension". L'article analyse précisément la constitution du forum comme espace intersubjectif. Les deux chercheures décrivent i) l'espace de communication multiforme comme cadre de participation asynchrone, ii) les types d'activités au sein du forum, iii) les procédures de construction des identités dans les pages personnelles et les forums, et iiii) la mise en forme des relations entre les participants. Nous tiendrons compte dans ce post seulement d'un seul aspect traité dans l'article : les identités situées et discursives comme produits de l'interaction sur le forum. Les deux auteurs rappellent justement que dans la perspective ethnométhologique, il s'agit de rechercher la pertinence des catégories identitaires dans la manière dont les participants à l'interaction manifestent mutuellement leurs orientations vers ces catégories (Wilson, 1991 : 25).

L'étude soulève et développe la gestion interactive des identités situées sur le forum. Ce travail de recherche montre des structures d'interaction à partir de ressources thématiques et des séquences conversationnelles. Il se dégage alors des "échanges rituels que l'on pourrait interpréter comme des procédés de construction à la foi de soi et de l'autre" (1999 : 163). Deux phénomènes apparaissent : d'une part, les acteurs organisent leurs relations en s'orientant vers les catégories nouveaux/anciens et, d'autre part, en thématisant de l'identité des principaux personnages du forum. Dans le forum la classification des acteurs est fréquemment thématisée. "Les catégories se développent au fil des interactions" (1999 : 161) : un système d'opposition se crée à partir des catégories identitaires entre les "anciens" ("les savants d'ici", "les vieux de la vielles sur les NG (newsgroups)", "les dinosaures") et les "nouveaux" ("nouveau sur le net", les "pauvres nouveaux").

En analysant le mécanisme de développement de séquences interactionnelles, l'article met en évidence le fait que "la connaissance des identités situées des intervenants réguliers fait partie des compétences communicationnelles liées au contexte. Elle est nécessaire pour maintenir le cadre de l'activité et "l'organisation siginifiante des relations" (Goffman, 1973 : 340). La définition de soi apparaît ainsi comme intimement liée à la construction d'un espace commun sur le réseau" (Beaudoin & Velkovska, 1999 : 164).

Il est utile de souligner que la démarche de cet article est intéressante parce qu'elle mobilise essentiellement deux approches : l'interactionnisme goffmanien et l'analyse de conversation d'inspiration ethnométhodologique. Les deux démarches convoquées proposent chacune des niveaux d'observation différents sur l'organisation des interactions, mais elles favorisent un recouvrement complémentaire de la communication interpersonnelle.

Valérie Beaudouin et Julia Velkovska (1999). Constitution d'un espace de communication sur Internet (Forums, pages personnelles, courrier électronique...). Réseaux, vol. 17, n°97, 121-177.

5 mars 2008

approche conversationnelle


Le réseau informatique mondial, Internet, donne la possibilité au public d’accéder à des services comme le courrier électronique et le World Wide Web. Dans ce cas, le réseau public mondial est exploité comme ressource, par exemple, pour communiquer par l’écrit, l’audio, la vidéo (le chat, la webcam, le courriel, etc) ou encore pour des recherches sur le Web. D’un autre côté, en adoptant plutôt une posture d’observation, l’Internet est exploité comme objet d’étude. Lorenza Mondada se positionne dans ce dernier cas, où elle analyse la communication médiatisée par ordinateur (CMO) (computer-mediated communication) par l’exploitation d’un corpus de messages envoyés par courriel, dans les listes ou dans les forums de discussion. La linguiste considère en effet, dans ce sens, l’Internet comme « un immense réservoir de corpus discursifs pouvant renseigner sur les usages contemporains des langues et des formes communicatives, pouvant faire l’objet d’analyses et de descriptions, aussi bien que de sensibilisation à l’hétérogénéité des genres et des registres, au changement linguistique, aux rapports à la norme, à l’usage international des variétés d’anglais langue seconde, etc. » (1999 : 4).

Mondada a constitué son corpus à partir des formes les plus pratiquées de cybercommunication : les messages asynchrones échangés par ordinateur. L’analyste considère en effet que l’interactivité ne caractérise pas uniquement les échanges synchrones. L’énonciateur produit de l’interactivité dans sa façon « de reprendre le message de l’autre par segments pour y répondre, le commenter, l’évaluer, le compléter ».

Dans ce cadre, l’auteur s’est penché dans cet article sur un phénomène particulier : la pratique récurrente, dans les messages envoyés par courriel, dans les listes ou dans les forums de discussion, qui consiste à reprendre le message de l’autre pour y répondre, le commenter, l’évaluer, le compléter. L’analyse linguistique montre que i) l’énonciateur introduit une interactivité par cette façon de traiter le message et ii) il met en scène sa réponse. Les modalités des enchaînements séquentiels entre les messages rend manifeste les activités de production et d’interprétation de l’énonciateur. Le cybernaute construit un espace d’intersubjectivité qui pourra être modifié par les locuteurs successifs.

Dans l’article, l’interactivité est étudiée en reprenant « la notion de séquentialité rapportée à l’alternance des tours de parole en Analyse Conversationnelle, en analysant la façon dont le second locuteur configure des tours à partir du message précédent et les relations prospectives et rétrospectives qui s’y établissent » (1999 : 8).

Justification de son approche par l’auteur :

« Certes cette séquentialité est spécifique à ce type de messages et à leur asynchronicité : d’une part la notion de tour de parole a été conçue par rapport au déploiement alterné de la parole dans la conversation orale en face-à-face, en réponse à la question de savoir comment les interlocuteurs coordonnaient leurs prises de parole respectives, en minimisant à la fois les pauses et les chevauchements (Sacks, Schegloff & Jefferson, 1974, A Simplest Systematics from the Organization of the turn taking for Conversation) ; d’autre part, et contrairement à la séquentialité de la conversation synchrone, il n’y a pas, dans les messages que nous analyserons ici, de lien prospectif du tour du deuxième locuteur sur le tour suivant, puisque celui-ci est une autre citation tirée du message du premier locuteur. Entre une paire adjacence et l’autre, le lien est donc très lâche, contrairement à ce qui se passe dans la conversation » (1999 : 8).

Mondada analyse, comme nous l’avons dit, l’interactivité de la CMO, avec les outils de l’analyse de conversation. Elle fait des concessions, comme on l’a également vu ci-dessus, face à son approche : « bien que la séquentialité des échanges asynchrones sur Internet ne se manifeste pas de la même façon que la séquentialité de la parole orale en interaction en face à face, l’organisation séquentielle est présente dans les deux cas, avec ces contraintes et ses possibilités » (Mondada, 1999 : 21).

Une concession que l’on retrouve dans les travaux, sur les interactions écrites synchrones et quasi-synchrones sur téléphone mobile, du chercheur Marc Relieu (2005) : « l’impossiblité d’effectuer un repérage temporel précis de la position séquentielle de la contribution produite par B [énonciateur sur une session de chat graphique sur téléphone mobile] se conjugue avec une incertitude portant sur les moments d’inactivité des scripteurs pour rendre indécidable l’interprétation précise de la séquence » (2005 : 47). Dans son article, Relieu a pour objectif de « thématiser, dans son épaisseur phénoménale, la mise en forme ordonnée d’une activité dans le temps de son accomplissement en temps réel » (2005 : 43). Il a constitué son corpus à partir d’un mode de télécommunication où « il est possible d’écrire ou de dessiner à l’aide d’un stylet et d’un écran tactile des messages destinés à un ou plusieurs utilisateurs » (2005 : 45). Un utilisateur peut découvrir un écrit longtemps après son émission, et ajouter une réponse. Des indications temporelles sont ajoutées dans les données pour que l’analyste reconstitue approximativement l’enchaînement des contributions.

Les corpus sur lesquels sont composés les deux articles comportent donc des similitudes sur les indications temporelles disponibles à l’analyste et sur le fait que les contributions écrites antérieures sont exploitées pour l’échange communicationnel.

Le chercheur Relieu se réfère également aux premiers travaux de l’analyse ethnométhologique de la parole (Sacks, Schegloff et Jefferson, 1974). Il nous en rappelle un point essentiel : « une conversation se caractérise par l’usage de procédés systématiques permettant aux locuteurs de réaliser des transferts « à la volée » minimisant les silences entre les tours » (2005 : 48). A juste titre, cet auteur montre que la connaissance du délai entre les prises de tour est essentielle pour caractériser une activité conversationnelle.

Le chercheur Marc Relieu a analysé en situation « des activités de communication médiée ». L’accent est mis sur l’activité de production. Dans ce sens, Marc Relieu remarque qu’il « convient toutefois de ne pas confondre le champ de l’étude des interactions médiatisées avec le domaine de recherche sur les usages des technologies et applications de l’information et de la communication » (2005 : 48). La frontière entre ces deux domaines paraît moins nette à présent en comparant les rendus d’observations de la linguiste, Mondada, et la justification donnée par Marc Relieu. En effet, quand ce dernier argumente que « l’usage des technologies de l’information et de la communication revêt un caractère foncièrement double : d’une part, il met en place une situation de contact distant entre des participants ; d’autre part, il s’inscrit dans une activité qui reste localisée dans un contexte particulier (un domicile, un lieu public, un espace professionnel) » (Relieu, 2005 : 49), la linguiste montre que par sa « façon de traiter le discours de l’autre , l’énonciateur introduit une interactivité dans son message, (…) qu’il construit un espace d’intersubjectivité qui pourra être modifié par les locuteurs successifs » (Mondada, 1999 : 5). Le premier point énoncé par Relieu est interrogé dans les données de la linguiste (d’une part, la situation de contact distant, et de l’autre, un espace d’intersubjectivité).

L’approche de l’Analyse Conversationnelle montrerait pour les deux champs que la mise en évidence circonstanciée et systématique des ressources, qu’utilisent les interactants de manières démontrable et attestable, décrit l’effectuation d’une coordination dans ces modes de télécommunications. Dans les messages asynchrones sur Internet, l’analyse en temps réel de l’élaboration du tour de parole « n’est plus une affaire de gestion temporelle, mais reste une affaire d’organisation séquentielle de l’alternance entre locuteurs autour de l’identification de points privilégiés dans le discours » (Mondada, 1999 : 12).

Toutefois, il convient de retenir que la conversation est une réalisation interactive, comme démontré par les travaux des fondateurs de l’Analyse de conversation cités plus haut. Pour Bernard Conein (Les Sens Sociaux, 2005), la conversation est une forme d’action commune élémentaire. Son analyse, étayée de données empiriques, appartient à une sociologie de l’action conjointe.

Mondada, L. (1999). Formes de séquentialité dans les courriels et les forums de discussion. Une approche conversationnelle de l’interaction sur Internet. ALSIC, Vol. 2, Numéro 1, pp. 3-25. http://alsic.u-strasbg.fr

Relieu, M. (2005). Quels contextes pour quelles interactions ? Remarques sur l’étude située des activités de communication médiée. Migrance, 23, pp. 42-49.

12 févr. 2008

écriture qui donne à voir


Le chercheur Cédric Fluckiger (UMR STEF - ENS Cachan & SUSI France Télécom RD) appuie des analyses sur des usages de blogs au collège à partir d'une ethnographie d'un établissement de la région parisienne. Il a entrepris de relier une vingtaine de blogs à des entretiens semi-directifs enregistrés réalisés auprès de leurs auteurs. Les observations ethnographiques ont été effectuées directement au collège (dans les salles de classe ou la cour de récréation) et dans un centre social fréquenté par une partie des collégiens enquêtés. A partir de cas particulier, l'auteur de l'article s'est attaché à comprendre le processus d'appropriation des blogs dans ses dimensions individuelles et collectives. Il a envisagé le blog comme le fruit d'une activité constructive (Millerand, 1999), où « le processus du construction des usages constitue un moment privilégié pour distinguer le dynamique de l'invariant, et comprendre l'architecture sous-jacente de l'activité, masquée sous les automatismes dans les usages stabilisés et routinisés ». Cependant, l'article s'éloigne de la conception d'une activité synchronique à l'écriture du blog pour retenir seulement les déclarations orales des adolescents sur leurs pratiques. L'entrée ironique arrivera difficilement à rendre compte de ces « automatismes routinisés ».

Nous partagerons avec l'auteur, d'abord l'idée que le succès des blogs s'inscrit dans une tendance générale d'augmentation de la consommation de médias numériques, et de la montée de l'autoproduction. Ainsi, que celle où le blog fonctionne suivant le modèle de la communication en mode connecté (Licoppe, 2002). Mais nous interrogerons encore deux points : 1) de quelle manière le blog s'ajoute-t-il « sans se superposer tout à fait aux autres instruments de communication utilisés par les collégiens » (IM, chat, téléphone mobile, SMS, etc.). Et 2) comment l'interactionnisme goffmanien (page 36) peut-il avec convenance s'appliquer à une communication médiée asynchrone ?

Ensuite, nous reconnaîtrons à l'article de soulever des objets d'actualité et de reposer sur des observations empiriques originales. Par exemple, le blogueur peut raconter une histoire à travers une suite de plusieurs articles, alors qu'apriori le procédé technique suppose les posts indépendants ; ou encore l'usager se sert des fonctionnalités de commentaires pour réaliser une « œuvre d'écriture collective » (Fluckiger, 2006 : 118).

Enfin, l'auteur relève dans les blogs, l'usage d'abréviations semblables à celles employées dans la graphie SMS : « a sa c mon ekipe !!! tout se ki me conaisse save ke je sui afoler de l'om!!! » (Fluckiger, 2006 : 117).


Fluckiger, C. (2006). La sociabilité juvénile instrumentée - L'appropriation des blogs dans un groupe de collégiens. Réseaux, 138, vol. 24, 108-138

9 janv. 2008

un médium hétérotopique


Samuel Bordreuil, dans L’Histoire de la « Dog Poop Girl » revisitée – Usages et mésusages d’un médium hétérotopique, donne à lire une acception « hétérotopique » dans la description des posts que l’on trouve sur le web. L’auteur revient sur un cas d’incivilité dans un lieu public pour explorer la question des « menaces que le web fait peser sur les biens de privacy ».


« Il reste qu’il faut prendre au sérieux l’idée selon laquelle le web apporterait de nouvelles armes pour s’attaquer à la vie privée des gens » (Bordreuil, 2006 : 138)

Regardons, sans prendre pour objet l’intérêt pour l’auteur de thématiser les atteintes à la vie privée, comment une définition ou description est construite par un travail sémantique par l’auteur lui-même et est comprise dans le processus de lecture avec son contexte (et cotexte) :

« Comment alors qualifier cette structure du web comme aire de réception de publications ? Il nous semble que le terme d’hétérotopie ait quelque valeur en l’occurrence. Et pour au moins deux raisons. Tout d’abord, son unité de publication, la page (sa « topie » élémentaire) n’est pas affectée, du moins dans son existence, par la multitude des topies qui l’environnent (Et, au passage, que veut dire ici « environner » ?). Le sort de l’une, si l’on peut ainsi s’exprimer, est étranger au sort de l’autre, n’est en tous cas pas menacé par des contraintes d’assemblage qui rameuteraient alors le visage d’une homotopie sous jacente. Mais, en second lieu, comme on le sait, le mot de « topos » flèche vers deux univers de référence, celui de l’espace (lieu physique), mais aussi celui du sens (comme quand on parle de « lieu commun »). L’anglais en tous cas ajoute à cette référence langagière le mot de « topic », pour désigner des sujets de conversation.


Avec cette acception en tête, pour en revenir au web, on saisit le sens que peut prendre le qualificatif d’hétérotopique : il viendra désigner une propriété d’extrême dispersion des motifs d’attentions lectrices, et éventuellement conversationnelles (Parlerait-on de lui comme d’une « centrifugeuse » des attentions ? Mais encore faudrait-il présupposer l’existence d’un état centré de ces attentions…). Pour revenir à la photo infamante, il nous semble raisonnable de faire l’hypothèse que c’est sans doute d’avoir pu entrer sur le web par la bande qu’elle doit au moins le début de sa carrière numérique (…). Ainsi, on peut penser que ce cliché pris par un photographe de presse (par exemple, à la rubrique « incivilités ») n’aurait passé la barre de la publication qu’à condition d’en flouter les visages, pour respecter des impératifs de protection de la vie privée. A l’inverse, l’hébergeur n’a guère prêté attention à la focale d’attention que proposait le post et n’a sans doute pas anticipé les conséquences dévastatrices que pouvait avoir cette offre d’attention – à la différence d’un organe de presse établi –, sur son « capital d’attention » et ce qui de ce capital était lié à sa réputation.


Mais le point essentiel qu’on soumet ici à l’examen est qu’une propriété technique, le caractère illimité d’une aire de publication vaut immédiatement propriété sociale : son espace ménage des possibilités d’entrée qui peuvent soit alléger les négociations préalables à une publication, soit permettre de s’en dispenser. Le fait que ce post prenne place à coté et ne « perce » donc pas, ôte un motif à la prise d’un verrou interactionnel dans sa progression (Ou bien il n’en laisse qu’un, celui de la négociation que le posteur ouvre avec lui-même, décidant ou pas d’inhiber son intention à publier). (Bordreuil, 2006 : 230-231)

Bordreuil, S. (2006). L’Histoire de la « Dog Poop Girl » revisitée – Usages et mésusages d’un médium hétérotopique. Réseaux, 138, vol. 24, 219-239

4 févr. 2007

question des inégalités numériques et des clivages sociaux


Deux sociologues du laboratoire SUSI de France Télécom R&D se sont intéressés à la question des inégalités numériques et des clivages sociaux liés à l’appropriation ou à la non appropriation des technologies de l’information et de la communication (TIC). Nous reprenons ici un court extrait de leur article. Celui-ci passe en revue des travaux français traversés par la notion de capital social. Les auteurs ont privilégié la question des sociabilités, en face-à-face ou instrumentées.

Source : Granjon F. et Lelong, B. (2006). Capital social stratifications et technologies de l’information et de la communication. In Réseaux n°139, pp. 148-181.

Page 168 :

« Les travaux français conduits notamment dans le sillage de la sociologie des usages (Beaudouin et al., 2003 ; Licoppe et Beaudouin, 2002 ; Licoppe, 2002 ; Mallard, 2002 ; Rivière, 2000a, etc.) se sont à ce jour fort peu préoccupés de la notion de capital social. A distance de ce type d’appareillage théorique, ils ont toutefois montré, d’une part, que les formes de sociabilité ordinaires sont fortement travaillées par la prolifération et la présence accrue des dispositifs de communication et, d’autre part, que nous assistons à une différenciation importante des actes de communication, à une stratification des réseaux de correspondants et à une spécialisation des supports et des formats d’interaction. Une particularité de ces nouveaux modes interactionnels est ainsi l’enchevêtrement croissant des médias de communication par leurs utilisateurs. L’insertion de l’image et du texte dans la téléphonie mobile autorisant par exemple des formes renouvelées de liens interpersonnels (Rivière, 2005a/b). Ces recherches font également la preuve que l’avènement des sociabilités médiées par des technologies n’est absolument pas synonyme de dégradation des relations interindividuelles. Il existe une étroite relation entre la communication téléphonique (fixe ou mobile) et les rencontres en présence : plus on se voit et plus on s’appelle (Licoppe et Smoreda, 2000 ; Smoreda et Thomas, 2001). Il est ainsi avéré et empiriquement prouvé que la sociabilité téléphonique se superpose assez étroitement à la cartographie des relations sociales ordinaires (proximité géographique) et électives (proximité sociale). Outil utile dans la coordination de l’action, le téléphone l’est aussi comme moyen d’entretenir la force des liens électifs et de pallier l’affaiblissement (momentané ou durable) de la présence de l’autre et de la charge émotionnelle qui lui est liée (Rivière, 2001). Cet ajustement se déroule par ailleurs en liaison avec la phase du cycle de vie (Smoreda, 2002 ; Smoreda et Licoppe 1998) dans laquelle se trouvent être les utilisateurs. On sait également l’importance des écologies domestiques ainsi que le rôle que celle-ci jouent dans l’arbitrage des usages et dans la distribution sexuée des pratiques des outils de communication (téléphonies fixe et mobile, internet) par les membres du foyer (Quéré et Smoreda, 2000 ; Rivière, 2000b ; Le Douarin, 2004 ; Pharabod, 2004). Enfin, la configuration matérielle et technique des espaces sociaux et des mobilités résidentielles est cruciale pour l’organisation des interactions en face-à-face et médiatisées (Gournay et al., 2002 ; Gournay et Smoreda, 2005). Au bilan, aucun diagostic sérieux ne permet d’avancer l’existence d’une dégénérescence avéré du lien social instrumenté, qu’il soit domestique ou « civique » (Granjon, 2001 ; Cardon, Granjon et Heurtin, 2006). »

Références :

Beaudouin V., Beauvisage T., Cardon D., Velkovska J. (2003). L’entrelacement des médias dans la constitution des publics de Loft Story, Rapport/FTR&D/8019, Issy les Moulineaux, FTR&D.

Cardon D., Granjon F. et Heurtin J.-P.(2006). Social networks approces of activism and cultural practices of young people, Dahlgren P. (ed.).

Gournay (de) C., Mercier P.-A. , Smoreda Z. (2002). Si loin, si proches : liens et communications à l’épreuve du déménagement, Réseaux, n°115, p. 121-150.

Gournay (de) C. et Smoreda Z. (2005). Space bind: The social shaping of communication in five urban areas, Nyiri K. (ed.) Sense of place: The global and the local in mobile communication, Vienna, Passagen Verlag, p. 71-82.

Granjon F. (2001). L’internet militant. Mouvement social et usages des réseaux télématiques, Rennes, Apogée.

Le Douarin L. (2004). Hommes, femmes et micro-ordinateur : une idéologie des compétences, Réseaux, n°123, p.149-174.

Licoppe C. et Beaudouin V. (2002). La construction électronique du social : Les sites personnels. L’exemple de la musique. Réseaux n°116, p.53-96.

Licoppe C. et Smoreda Z. (2000). Liens sociaux et régulations domestiques dans l’usage du téléphone, Réseaux, n°103, p. 255-276.

Mallard A. (2002). Les nouvelles technologies dans le travail relationnel : vers un traitement plus personnalisé de la figure du client ?, Sciences de la Société, n°56, p. 63-77.

Pharabod A.-S. (2004). Territoires et seuils de l’intimité : un regard ethnographique sur les objets multimédias et leurs usages dans quelques foyers franciliens, Réseaux, n°123, p. 83-117.

Quéré L. et Smoreda Z. (dir.) (2000). Le sexe du téléphone, Réseaux n°103.

Rivière C.-A. (2000a). Les réseaux de sociabilité téléphone, Revue Française de Sociologie, vol. 41, n°4, p. 685-711.

Rivière C.-A. (2000b). Hommes et femmes au téléphone. Un chassé croisé entre les sexes, Réseaux n°103, p. 21-49.

Rivière C.-A. (2001). Le téléphone : un facteur d’intégration sociale, Economie et statistiques, n°345, p. 3-32.

Rivière C.-A. (2005a). Mobile camera phones: a new form of being together in daily interpersonal communication, Ling R., Pederson P. (eds), Mobile Communications: Renegotiation of the social sphere, London, Springer.

Rivière C.-A. (2005b). De la voix à l’écriture. La diversification des modes de communication mobile en France et au Japon, Réseaux, n°133, p. 101-134.

Smoreda Z. et Thomas F. (2001). Social network and residential ICT adoption and use, Heidelberg, Communication au 1st Eurescom Summit 2001, 3G Technologies & Applications.

Smoreda Z. (Dir.) (2002). Cycle de vie et sociabilités, Réseaux, n°115.

Smoreda Z. et Licoppe C. (1998). Effets du cycle de vie et des réseaux de sociabilité sur la téléphonie, Rapport CNET/5518, Issy les Moulineaux, CNET.

1 févr. 2007

le smiley par Michel Marcoccia


Les smileys (ou emoticons) sont bien connus. Il s’agit de combinaisons de caractères permettant de
représenter de manière schématique (si on les incline à 90 degrés) des mimiques faciales comme des
sourires, des clins d’oeil, des moues de colère ou de tristesse. Les smileys sont très souvent utilisés
dans les forums de discussion et sont même rassemblés dans des petits dictionnaires, comme celui de
Sanderson. Par leur nature, on peut assimiler les smileys à des pictogrammes. On peut aussi noter que
la combinaison de signes graphiques pour former un symbole figuratif de mimique faciale repose sur
un principe comparable à la combinaison de kinèmes en kinémorphèmes, telle qu’elle est exposée dans
la théorie de Birdswhistell (voir Cosnier & Brossard 1984).
A la suite de Wilson (1993) ou de Mourlhon-Dallies & Colin (1995), on peut faire relever diverses
fonctions des smileys (cf. Marcoccia 2000b) :
- Un smiley peut être expressif : il sert à décrire l’état d’esprit du locuteur (la joie, la colère, la
tristesse).
- Le smiley peut être une aide apportée au destinataire pour qu'il puisse aisément interpréter les
énoncés. On peut parler de smiley interprétatif. Le smiley « clin d'oeil » a généralement cette
fonction car il permet de lever les ambiguïtés des énoncés ironiques ou humoristiques.
- Le smiley permet au locuteur d'indiquer la relation qu'il désire instaurer avec son lecteur.
Utiliser un smiley « souriant » peut être ainsi à la fois une manière d'exprimer son émotion et
de donner une tonalité particulière à l'échange.
- Le smiley est aussi un procédé de politesse, un moyen de désamorcer le caractère offensant
d'un message (un softener dans la théorie de Brown et Levison).

L’analyse de différents corpus montre que ces quatre fonctions en sont pas exclusives (un même
smiley peut avoir plusieurs fonctions) et qu’il n’existe pas de smiley qui serait « spécialisé » dans une
fonction. Les smileys ne renvoient donc pas qu’à des conventions stylistiques et on peut effectivement
rapprocher ces quatre fonctions de celles du non verbal et du paraverbal dans la communication en
face à face. La fonction expressive du non verbal et du paraverbal se fonde sur l'expression faciale des
émotions de base (décrites par Ekman 1993). La fonction interprétative du non verbal renvoie à ce que
Cosnier, par exemple, appelle la « mimogestualité connotative », qui participe à la constitution et à
l'interprétation des énoncés. Par ailleurs, la communication non verbale et paraverbale contribue
toujours au maintien de la relation et à la synchronisation interactionnelle (par le rôle des régulateurs,
par exemple).

8 févr. 2006

un post de Haut et Fort


Voici le message tiré du blog du jour ce mardi 7 février 2006
04.07.2005
Le blog d'aujourd'hui : Technologies du Langage
Le blog a son propre langage, il instaure son enjeu autour du signifiant et signifié : derrière les notes écrites dans un blog se cachent souvent des signes non-dits. Les blogs sont (aussi) un nouveau langage et une ouverture sur l'autre: rien, n'empêche de transformer son blog en une généalogie du langage. Le blog peut être un outil d'analyse orienté vers les langages dans leur(s) diversification(s) et leur(s) usage(s).Le blog sélectionné aujourd'hui "Technologies du Langage" se distingue par l'envie de combiner deux types de savoir : la linguistique et l'informatique, ce blog examine nos utilisations du langage, nos variations lexiques, les nouveaux mots qui envahissent notre quotidien et les moyens qui les véhiculent."Technologies du Langage" est un blog qui n'adhère pas le sophisme (dire pour prouver sa présence), il fait le choix le plus difficile : être constructif, poursuivre un acheminement critique et enrichir ses analyses par des liens argumentatifs. Ce blog additionne l'actualité informatique, politique et autres avec une vision critique qui mérite une lecture.


c'est le blog de Jean Véronis de l'Université Aix-en-Provence
http://aixtal.blogspot.com/

14 nov. 2005

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce "nouveau mode de communication" ?


Les avantages : à notre époque où tout doit aller de plus en plus vite et prendre le

moins de temps possible, où nous devons réduire l'espace au maximum il est évident que les systèmes des blogs, des SMS et des chats permettent de transformer la dimension spatio-temporelle :

- rapidité et facilité de la communication (allègement des normes orthographiques et grammaticales) = sorte de démocratisation, de massification et d'égalitarisme face à l'écrit. Certains blogs ont tendance de plus en plus à utiliser les différentes formes d'abréviations spécifiques aux SMS et aux chats.

- l'interconnexion pour les blogs : ils contiennent très souvent de multiples liens externes vers d'autres sources d'informations. Ces liens peuvent aussi être dirigés vers d'autres blogs, on parle de "maillage inter-blogs".

- développement du personnalisme: effet désinhibiteur de l'échange virtuel.

- Espaces facilitateurs de rencontres professionnelles et personnelles (affectives, amicales).

Les inconvénients :

- complexité de compréhension face aux multiples normes utilisées pour correspondre.

- malléabilité de la langue trop libre pour des jeunes n'ayant pas encore fixé les normes institutionnelles.

- face à l'abus orthographique et grammatical de ces jeunes il y a parfois nécessité de lire à haute voix le message pour en saisir le sens.

- la liberté de ton au niveau du blog : c'est un site placé sous la responsabilité de son auteur qui peut malheureusement s'affranchir des normes (insultes ciblées, directes, propos incitant à la violence ; preuve en est l'article de Frédérique Roussel dans Libération.fr du 5 novembre 2005 : "Banlieues ; les blogs éclosent autour de Clichy-Sur-Jungle ; hommages à Bouna et Zyed, appels à la révolte ou au calme se croisent sur le web").

Quelques problématiques résultant de nos réflexions :

- Est-ce que cette utilisation nouvelle de la langue (langage codé) permet de dire qu'il s'agit d'une nouvelle communication ?

- Peut-il y avoir un effet ségrégatif dans la thématisation des blogs ?

- Quels sont les risques linguistiques et syntaxiques de ces évolutions, de ces prises de liberté au niveau de la langue ?

cgris et aarribag

Conclusion : Ces moyens permettent-ils une nouvelle forme de communication ?


Certains semblent le croire… En témoignent les deux exemples suivants. Le premier est extrait d’un site Internet de prosélytisme chrétien ; on y trouve un article mentionnant l’initiative de la Société biblique australienne, qui a traduit la Bible en langage SMS, afin de pouvoir envoyer, via les SMS, des versets de ce livre sacré à de nouvelles catégories de population : « Le responsable des écritures saintes de la Société biblique, George Rodriguez, dont le fils Michael a passé six semaines à créer un texte électronique «branché» à partir de l’écrit poussiéreux, a déclaré à AFP: «C’est une étape logique. Notre objectif à la Société biblique est d’amener la Bible aux gens et voilà une façon très efficace d’y parvenir.» Site : http://www.topchretien.com/topinfo/affiche_info_v2.php?Id=9734

Dans un autre genre, voici un article qui expose l’initiative de la société Pages jaunes (annuaires téléphoniques) : il est désormais possible d’effectuer une recherche de coordonnées en utilisant le langage SMS : « Discret coup de pub ou volonté réelle d'ouvrir ses pages à tous ? Le site des Pages Jaunes a en tout cas adopté un nouveau "langage" : le SMS. On pourra avec lui interroger son moteur de requêtes en toute quiétude. Certains diront que l'initiative est bien pratique pour ne pas laisser ses adeptes sur le bas-côté. D'autres, ardents défenseurs de la langue, tiqueront un peu plus... Mais qu'importe, le service est en place. » Source : http://www.blogger.com/

Christine

Christine vient d'évoquer l'usage du langage SMS dans la publication d'informations pas franchement neuves ! Pour ma part, c'est le genre du blog lui-même dont je contesterai l'aspect novateur. Récit de vie, autobiographie, journal, correspondance, aujourd’hui blog, me semblent autant de mots pour désigner le fait de se raconter à la première personne du singulier.

L’intérêt scientifique pour les récits de vie se manifeste, lui, après la Première Guerre mondiale, aux États-Unis, par la création de l’école de Chicago et la publication, dès 1918, de l’ouvrage emblématique de W. Thomas et F. Znaniecki, The Polish Peasant in Europe and America, dont un livre est consacré à l’autobiographie d’un émigrant. L’école de Chicago, « fondatrice de la sociologie empirique américaine, préoccupée du développement de la délinquance urbaine dans son rapport avec l’immigration, fait du recueil de témoignages personnels – jusqu’à de longs récits de vie – son outil méthodologique privilégié. (1) » L’esprit de cette sociologie en action est encore à l’œuvre dans la grande enquête qui, de 1935 à 1943, permet de recueillir près de 200 000 pages de récits de vie, dont ceux de 4 000 noirs, nés dans l’esclavage.

Les objectifs de ce programme gouvernemental étaient de susciter l’émergence d’une nouvelle identité nationale et… de réduire le chômage des intellectuels, écrivains et étudiants, qui sont engagés dans l’opération de recueil des témoignages. Les ethnologues et les anthropologues travaillent aussi, des années 1930 à 1940, à faire du récit de vie des membres de minorités – pensons à l’autobiographie du chef hopi et à celle, fameuse, des Enfants de Sanchez (2) -, un genre promis à un bel avenir.

Le récit de vie va ensuite inspirer des disciplines aussi diverses que l’éducation, la formation des adultes, la thérapie, la sociologie clinique. On l’utilise dès lors pour arrêter de boire ou de fumer, pour réorienter sa vie professionnelle ou pour régler un conflit familial (3). Le récit de vie concerne donc nombre de disciplines, et que nous utilisions aujourd’hui le blog, avatar du récit de vie, comme outil pédagogique n’a rien de surprenant.

Les blogs sont une version « technologisée » et médiatisée des journaux intimes, les détenteurs de blogs y mettent beaucoup d’eux-mêmes et se lancent sur le Net comme on jette une bouteille à la mer après y avoir inséré un message qu’on a écrit pour être lu mais qui peut rester vierge de tout regard à jamais.

Tout d’abord apanage des adolescents qui y ont vu une manière numérique de s’exprimer facilement – en effet sur un blog, nul besoin d’être un concepteur médiatique pour renseigner ses pages, insérer des images ou créer un espace d’échanges et de communication où l’on est libre d’exprimer ses opinions, ses angoisses, ses douleurs, ses coups de cœur ou ses coups de griffe, mais aussi son humeur qui change au gré des heures, des jours ou des semaines –, les blogs ont évolué et sont aujourd’hui un outil de communication à part entière. Il y aurait actuellement entre 12 et 34 millions de blogs sur le net. Les hommes politiques mais aussi les organisations ont vu là un moyen de communication supplémentaire, alliant flexibilité et légèreté et ne nécessitant pas la présence d’experts en informatique pour effectuer les mises à jour ou les modifications à apporter.

Autobiographie ou stratégie de communication ? Espace de liberté d’expression ou aliénation technologique ? La lecture des blogs nous conduit à trouver tout et n’importe quoi et sous toutes les formes, des plus structurées aux moins conventionnelles avec un dénominateur commun, on écrit. Les nouvelles générations, entend-on dire sont celles de l’image…Certes, les enfants, les ados manient souris et autres joysticks ou manettes avec une dextérité déconcertante ; ils intègrent particulièrement rapidement les technologies de l’information et de la communication et flirtent souvent entre réalité et virtualité, alors pourquoi ce besoin de s’écrire ? De se lire ? De sentir qu’on peut être lu ? Besoin que l’on relève à travers les blogs, mais aussi à travers les SMS et autres messages. Un téléphone n’est-il pas conçu pour se parler à distance ? Et bien, non, les adolescents choisissent souvent l’écrit pour communiquer. D’ailleurs, si on craignait que la communication numérique fasse disparaître l’écrit, on se trompait.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication multiplient les écrits : des écrits que s’approprie une génération qui les fait vivre et évoluer comme elle, en transgressant toutes les règles sans complexe car le support numérique n’est pas une feuille de papier et supporte tout du meilleur au pire.

Nadine

Du côté des anglo saxons... blog, FOAD et histoires de vie. Proposé par Olivier :

(copié collé du site : http://mediatic.blogspot.com/2004/04/les-blogs-du-pass-au-futur.html)

Via Dave Winer. L'article de Nico Macdonald pour The Register : The future of Weblogging fait un point sur les propos tenus à la BloggerConference de ce week-end, à la Harvard Law School de Cambridge, Mass., Etats-Unis et donne une mise en perspective intéressante sur l'actualité et sur l'avenir des blogs.

Pour l'auteur de ce papier, l'émergence des blogs correspond à une expression hors ligne de désaffection dans l'organisation civique de la société pour un investissement en ligne à exprimer une opinion et un engagement. Les blogs développent un mode de confessionnal culturel qui rend publique les expériences privées de chacun et les pose en ligne en débat. Nico Macdonald affirme que les billets des blogs sont plus thérapeutiques (ou ont cette approche) pour l'auteur-éditeur du blog que dotés d'une vraie qualité informative pour l'internaute lambda. Cette intimité et cet aspect confessionnal mis en avant, le sont dans un cadre familial et amical, une micro-communauté de personnes.
Le weblog n'a rien de révolutionnaire. Les CMS existent depuis des années tout comme le phénonème d'appropriation du Web par les pages personnelles. Le fait est que les weblogs ont été popularisés par des journalistes aux Etats-Unis (eux-même blogueurs et donc praticiens convaincus). La vision idyllique équitable des blogs mis à disposition n'a pas trop de sens, du fait qu'il existe désormais une élite de blogueurs dits "populaires" ; une tendance qui s'affirme de plus en plus.
 La prolifération du phénomène de l'auto-publication pose des questions en terme de classification et d'archivage de l'information. L'archivage est favorisé si chaque article possède un lien permanent (permalien) mais la contextualisation en une classification ordonnée de plusieurs billets de weblogs est une tâche ardue, sans doute facilitée par le "réseau" des "track-backs" - rétro-liens -, les systèmes de réputation et dans le futur une organisation plus perceptible des méta-données (surtout à plus grande échelle).
Ainsi, il est nécessaire de pouvoir "visualiser" la blogosphère, en avoir des représentations schématiques pour en favoriser sa compréhension.

Une nouvelle forme de communication? Sans aucun doute oui. Les échanges humains n'ont jamais cessé d'évoluer. Cette évolution semble se situer au niveau d'une volonté à communiquer le mieux possible hors de la sphère interelationnelle directe. Le principe de base étant centré sur la nécessité de communiquer à distance en situation de danger ou de conflit. Rien d'étonnant, en fait, à ce que le plus souvent ces découvertes s'effectuent dans le domaine militaire.

Les nouveautés dans le domaine des communications résident dans le fait que progressivement la socièté civile s'empare de ces médias et les emploie de manières aussi diverses qu'elle peut l'être.

Les systèmes via internet offrent un espace toalament délivré des contraintes de l'interaction, spontanée ou différée, duelle puisque le monde entier est susceptible de participer aux échanges en cours. Cela ne peut que modifier profondemment les formes de communication. Il ne s'agit pas seulement des formes typographiques, orthographiques, morphologiques, syntaxique... ou plutôt ces bouleversements témoignent du déplacement intellectuel que ce système produit. C'est

certainement l'occasion aussi de voir apparaître des formes de civilités et d'être en socièté nouvelles.

Si les jeunes gens investissent cet espace avec enthousiasme, c'est qu'ils y trouvent les champs d'exploration dont ils ont besoin. L'Autre, duquel je me distingue est à portée de main, toujours disponible. L'observation n'est pas qu'angélique le systéme en tant que miroir du monde propose ses rencontres heureuses et ses drames.

Anne Adras

J'ai déjà répondu à cette question en (III,a), et je ne reviens pas sur mon idée que ces MSM, mails, blogs, etc. n'ont pas inventé une nouvelle forme de communication. Cependant, je suis d'accord avec Yacoub pour dire qu'il s'agit là d'une forme de langage, et donc avec ses aspects positifs et négatifs (Et nous ne parlons plus là de l'évolution d'une langue, mais de certains côtés d'un langage !). Par contre, même en étant une jeune chercheur en linguistique, je ne vois pas d'un mauvais œil tout ce qui peut enrichir notre langue, sans pour autant la dénaturer, la tuer (je me battais déjà au lycée pour l'intégration de certains mots anglophones dans notre belle langue française !). Je pense que nous ne pouvons pas, pour le moment, pointer exactement l'impact de ces phénomènes sur notre langue, nous sommes encore trop près de leur émergence et de leur magnifique essor. En ce sens, nous ne savons pas de quelle manière aborder ce problème (par le biais des abréviations, de la langue, du support… en témoignent les différentes questions ci-dessus). Et, je pense aussi que pour mieux le cerner (le problème), il faudrait une réelle étude linguistique, un travail complet abordant tous ses différents aspects...

Marion



Avez-vous recours via les forums, chat et mails à des formes couramment utilisées dans les minimessages?


Pour ce qui est des enseignements à distance, je n'ai jamais recours à l'écriture simplifiée, et j'ai constaté que vous ne l'utilisez pas non plus. Par contre pour les SMS, ça dépend à qui est destiné le message. Apparemment la situation de communication, même virtuelle, nous pousse à surveiller notre langue et notre écriture !

Fantine

Exemple de Rachel : « je c ke c chian de devoir se connecter mé en fait on é noté ossi sur le nombre d'échange et ce qu'on dira dc si vous avez un ordi à disposition ca seré cool d'envoyer des infos sur d sites par ex pr le dossier ou se genre de truc pr le site je pense ke ca devré allé vite je vou envéré un message ds les jours suivants sur chaque page k on peu faire et chacun poura dire ce ki lui plé le plus de faire moi je m en fou voila » (forum entre étudiants, travail en groupe, 7/2/05)

Impact sur le langage - est-ce que l'utilisation des SMS, des blogs et autres moyens de CMO provoque des erreurs d'orthographe et de grammaire plus fr

Comme je l’ai dit plus haut, l’évolution du langage sera positive si l’orthographe se simplifie. Négative, si cette réforme ne se fait pas et que cela engendre, comme cela a été soulevé, un grand nombre de fautes d'orthographe. À condition que les enfants utilisent ces outils en même temps que leur apprentissage de la lecture et de l'écriture, ce qui est apparemment le cas. La réflexion est ouverte ! Les erreurs de grammaire me semblent être d'un autre ressort : s'agit-il des tournures de phrases, des terminaisons verbales, de conjugaisons... ?

Fantine

Côté SMS: c tré facil é on peu fer plin de fotes!!!! J'en connais certains qui n'hésitent pas à user de ce style d'écriture parce que justement l'orthographe exacte n'est pas obligatoire, ils masquent ainsi leurs lacunes. Je corresponds de temps en temps avec un jeune Marocain qui a interrompu sa scolarité très tôt ; il se permet de communiquer par ce biais. Il ne s'autoriserait sûrement pas une communication écrite s'il devait passer par un écrit "normalisé". L'orthographe est mise à rude épreuve mais la plupart des jeunes que je connais savent faire la différence au niveau des écrits. Je n'ai pas vu de collégien face aux SMS et je ne sais pas s'ils différencient facilement ce type d'écrit avec l'écrit institutionnalisé par l'école. En tout cas, ils sont très friands de ces mini-échanges et font marcher les affaires des opérateurs (voir la campagne de Que choisir pour faire baisser les tarifs).

Anne-Marie

Je me permettrai ici quelques remarques issues de mon expérience à la fois de blogueuse, de mère de blogueuse, et de curieuse... L’orthographe et la grammaire sont mis à mal au travers de la privatisation de l’écrit. Les blogs, les forums, les chats, permettent des accès nouveaux à l’écrit, à un grand nombre de personnes qui, jusqu’il y a peu, n’utilisaient pas ce canal d’expression. Ces supports et outils permettent de mesurer quelles sont les pratiques réelles et spontanées de l’écrit, hors des formes très balisées du courrier administratif, des écrits scolaires, voire du courrier classique. Ces supports ont fait tomber la barrière de respectabilité et de soumission à la norme qui empêchait, pour de nombreuses personnes, l’usage de l’écrit. Mais on constate que cette liberté de « parler de ce qui nous plaît » s’est traduite par la possibilité « d’écrire comme il nous plaît », autrement dit, sans se préoccuper de la grammaire et de l’orthographe… Globalement, les chercheurs minorent l’influence de ces nouvelles formes de langage sur le niveau d’orthographe et de grammaire des rédacteurs. J’ai néanmoins pu observer chez ma fille une dégradation de l’orthographe d’usage et grammatical à partir du moment où elle s’est mise à chatter et bloguer régulièrement. Elle n’a que 12 ans, son orthographe n’est donc pas encore fixée ; elle a manifestement des difficultés à adapter sa rédaction (son niveau de correction) au support qu’elle utilise. Elle sait qu’elle ne peut pas écrire quelque chose du genre « cté trop génial, on été mdr, tro bien » dans une rédaction ; mais elle a adopté dans la plupart des situations d’écriture (y compris dans ses écrits scolaires) une spontanéité qui handicape gravement son expression. Par exemple, elle utilise sans discernement les marques du pluriel sur les verbes et les substantifs, accolant des « s » ou des « ent » à n’importe quels mots (= « les rosent fleurisses ») ; elle ne se relit jamais ; et surtout, elle dit que « c’est pas grave »… J’ai noté le même genre d’effets chez certaines de ses amies ; pas chez toutes cependant : celles qui n’ont pas de difficultés initiales en orthographe distinguent clairement les supports d’écrit, ce sont même celles qui manient le langage SMS et son potentiel créatif avec la plus grande dextérité. Voici deux exemples de messages postés sur le blog d’un groupe de jeunes effectuant un voyage sur la côte ouest des États-Unis, utilisant leur blog comme carnet de voyage : à côté d’une photo de poisson clown : « voila sa c 1 poiscaille ki ressemble a NEMO je sait pa pkoi je l ai prit mai.... jlai prit. À côté d’une photo d’une enseigne d’hôtel : voila l insigne de notre hotel l hotel 6 super hotel tro kool et tro grand lieu de rendez vous de tout les dealer puerto ricain de Las Vegas niveau de sécurité = 0 meme si il y avait des gardien super cool, certain on failli mourrir ecrasé par des mexicain ki venaient de voler une voiture ds le parking de notre hotel. » Source : kinvaras.skyblog.com. On note dans ces exemples un usage anarchique de l’orthographe et de la grammaire, qui ne doit rien aux spécificités du langage SMS : « je l ai prit » aurait tout aussi bien pu s’écrire « je l ai pris », « mourrir » aurait pu s’écrire « mourir » sans dommage… À l’inverse, on note l’utilisation correcte de la marque du pluriel et de celle de l’infinitif sur les verbes dans le fragment suivant : « … des mexicain ki venaient de voler une voiture ». Il semble donc bien que ce soit le sentiment de liberté, du « si je veux » qui prédomine dans la rédaction de ce type de messages. Ceci se vérifie également dans des messages plus « conformes » aux normes classiques de l’écrit ; le respect de l’orthographe n’a, là non plus, valeur de norme. Exemple : « Mais bon faut arrêter si on besoin d'un traducteur pour passé du langage SMS au langage normale et vis versa ou va le monde. Ce que je crains le plus c'est l'utilisation de ce langage sur des supports qui ne sont pas limité en taille (email forum de discussion) à la fin les jeunes ancré dans cette méthode d'écriture ne pourront plus formulé des phrase avec un sujet un verbe et un complément. A voir la tournure que ca va prendre dans le future. Mais je reste songeur sur l'avenir de notre langue. » Source : www.u-blog.net/obs/note/157

Christine

En ce qui concerne le langage SMS, j'ai trouvé un article très intéressant de Jacques ANIS, professeur à Paris X (je crois) ["Communication électronique scripturale et formes langagières : chats et SMS" http://oav.univ-poitiers.fr/rhrt/2002/actes%202002/jacques%20anis.htm]. Il analyse les formes linguistiques des messages et pose, sans vraiment y répondre, la question de savoir si l’acquisition de l’orthographe par les générations nouvelles est menacée ? J'ai trouvé l'article très intéressant ; en particulier, le début de conversation écrite entre deux collégiennes est assez édifiant et tendrait à prouver que la frontière entre "écrit SMS" et écrit "normal" est assez floue pour certains et que donc le risque est bien réel. J'ai par ailleurs trouvé un site dédié à la "lutte contre le langage SMS et les fautes volontaires" [http://sms.informatiquefrance.com/] et qui rassemble tous les "contre" au sein d'un comité ainsi que plusieurs "blogueurs" mécontents de l'invasion des forums par le langage SMS. Voici quelques adresses (absolument pas exhaustives) dont je vous donne ci-après un aperçu des échanges. [http://ouziel.blogs.com/pierre/2005/10/marre_du_langag.html ; http://bix.enix.org/index.php/2004/10/03/525-kontre-le-fautes-2-fransais ; http://www.webermat.com/index.php?2005/10/24/286-anti-langage-sms]

• Marre de devoir virer des messages incompréhensibles en langage SMS sur le blog.

• C'est tellement fatiguant à lire que systématiquement je ne lis pas ces messages.

• Le problème c'est que bien souvent les personnes qui utilisent le langage SMS sont devenues (ou sont restées !) incapables d'écrire normalement !

• Bien d'accord avec toi, ces inventions de langage semi secret, semi fantaisiste, nés quand même d'un besoin de raccourcis et vitesse sur ces petits engins que sont les téléphones portables( ça s'appelle plus comme ça?) deviennent vite une mode, un moyen de se démarquer des "vieux schnock". Faut-il les apparenter à tous les langages plus ou moins codés (morse, sténo, verlan etc ..? Ce besoin de vitesse, de raccourcis est tout de même un symptôme "alarmant ?" de notre modernité

• Je vais m'inscrire aussi à ce comité de lutte POUR la langue française, son orthographe, sa grammaire ! Il est toujours possible de faire une erreur dans un texte... mais vingt à trente fautes dans un texte de trente lignes, c'est pénible et même honteux !

• Nous ne sommes pas parfaits, nous faisons effectivement régulièrement des fautes, mais seulement par erreur. Ce qui me(nous?) gêne ce sont les gens qui se simplifient volontairement la tâche à l'écrit sans se soucier qu'ils la compliquent aux lecteurs.

• Non pas que je sois contre l'évolution de l'orthographe (oncques n'écrist point comme icelui au jour d'hui n'est-il pas ?) mais je suis exaspéré par l'utilisation d'un français écrit réellement incompréhensible, surtout que ça passe souvent pour un j'en-foutisme des lecteurs.

• Plus sérieusement, à ce niveau, je me pose une question : est-ce vraiment volontaire ? Ou n'est-ce pas une manière (habile ou pas, je ne sais pas) de cacher ses lacunes en orthographe ? Finalement je crois que l'utilisation de plus en plus fréquente du "langage" SMS s'appuie sur plusieurs facteurs :

- la volonté sans doute de vouloir faire partie d'une "communauté" de jeunes qui se distingue nettement de celle des "adultes" qui écrivent dans un langage "ampoulé" et par delà même de les exclure du débat. Parce qu'à mon avis, cela prend finalement davantage de temps de réfléchir à la façon dont on va écrire un mot "SMS" que de taper directement un mot français. La notion de "gain de temps" prônée par les adeptes de cette écriture est donc toute relative... Par exemple on voit souvent des gens écrire "sa" au lieu de "ça". Où est le gain de temps quand on est sur un clavier Azerty où il y a une touche "ç" ? (pensez à ma pomme qui bosse sur un clavier suédois et qui doit taper alt+135 ;) )

- j'en viens donc à la deuxième raison d'être de ce langage : une façon de masquer ses lacunes en orthographe et sans doute également (mais là je m'avance un peu sans doute) d'empêcher d'avoir des débats profonds. Comment discuter réellement avec des "looooooooooool" et compagnie ? À creuser, sans doute. A noter tout de même que ce ne sont pas les personnes qui utilisent le plus Internet (et qui sont donc censées taper fréquemment sur un clavier, je pense aux informaticiens par exemple) qui utilisent le plus cette écriture... Curieux, non ?

• Je ne suis pas un défenseur du langage SMS ni même de l'orthographe Française, mais je trouve vraiment bizarre ce texte "Ici on parle un langage que les humains peuvent comprendre". Il faut simplement expliquer les choses sur un forum, comme par exemple le fait que nous ne sommes pas limité en nombre de caractères et que personne n'est à l'abri de la faute de frappe, et, de plus, tout le monde n'a pas le même age et/ou niveau d'instruction, et même sur un forum francophone le Français n'est pas toujours la langue maternelle de ceux qui y postent. Bref tout cela pour dire qu'il faut rester ouvert, et cela est valable pour tout le monde, "smiste" ou défenseur de la langue de notre vieille France. Le principal est de se comprendre, et pour se comprendre chacun doit y mettre du sien ;-)

• Pour répondre à Cheval sur le fait que le français n'est pas forcément la langue maternelle de ceux qui postent sur un forum francophone, c'est justement une bonne raison de ne pas utiliser le langage sms. Comment un étranger ayant déjà certainement des difficultés à comprendre notre langue (plutôt difficile à apprendre) pourrait-il comprendre un langage complètement déformé et déjà difficile à comprendre pour une personne ayant le français comme langue maternelle ?

• Tout à fait d'accord. Le langage SMS est insupportable à lire. Il nécéssite un "décodage"... Et en plus, j'ai l'impression que cette négligence conduit vraisemblablement à un gros problème de compréhension.

• Moi oci je sui 1 integrist kom Alexbadabou mai c pa poure ca ke les gen doit nou taper dessu koi !! c note style, c note fasson d'essprime la vibe de note plum !! C pour ca k'on n'a un blog d'ailleurre ;)))) Pask'on aime ekrir (et poure la preuv: j'ekri moimeme des senariauts de seri TV) !! Vive le francer !!! Nou on vou respekt alor vou ossi vou devraie nou respekter kar la vie elle et plein de degout et des couleur pour fair le monde. Peace and love evryone !!! Merci Bix poure ton coment sur mon blog toa o moin tu soutient les artisst en erbe :)

Afin de répondre à cette question, je choisis d'orienter ma réflexion autour des distinctions élaborées par Gabriel Mannessy à partir des usages du français dans le domaine francophone.

Celui-ci distingue un certain nombre de formes intermédiaires du français dont le pidgin

qu'il définit comme une interlangue dont les outils sont le plus souvent extérieurs au

français et exploitent une grande diversité de structures simples. Le vocabulaire y est

limité et le système phonologique de référence est toujours celui du locuteur. Le pidgin

est donc le résultat d'un échange cognitif qui recourt à des formes simplifiées tendant à

l'universalité.

Il me paraît intéressant de mettre en relation l'observation d'une langue intermédiaire

avec les formes de discours qui s'élaborent grâce aux CMO. Comme cela a été

démontré dans les échanges précédents le système linguistique en cours dans les SMS,

blogs ou mini-messages est simplifié au maximum. Il s'agit de communiquer rapidement

sans soucis direct de la langue normée. Les formes linguistiques des échanges se

modèlent selon la situation et le destinataire avec une extrème souplesse.

A la langue standard viennent s'ajouter de nombreux codes typographiques qui renvoient

à un système phonologique de base ou crée de nouvelles expressions.

L'interlangue se situe à un moment particulier d'acquisition de la langue standard dont

les structures de base sont en cours d'apprentissage. A ce stade la langue peut être

employée afin d'établir des formes de communication courantes qui ne nécessitent pas

l'emploi d'un appareil technique trop important. Se mêlent, alors, aux formes standards

des formules empruntées ou calquées, mais aussi des formes idiolectales.

Il semble que les modes linguistiques usités dans les CMO correspondent assez bien à

cette typologie, à la différence près qu'une partie des utilisateurs est en mesure

d'employer les deux formes ( langue simplifiée / langue standard ) indifféremment.

Toutefois, comme un plus grand nombre d' utilisateurs appartient à la tranche d'âge

adolescente, l'hypothèse selon laquelle le langage SMS serait une interlangue ou même

une nouvelle forme de pidgin semble se confirmer.

En ce sens, plutôt qu'aggraver les fonctionnements fautifs de certains jeunes, ces modes

linguistiques révèlent leurs difficultés à entrer dans leur langue maternelle. Le problème

auquel les enseignants de lettres sont confrontés réside dans le fait que les jeunes gens

s'accoutument à utiliser une forme simplifiée. Cela a des incidences sûrement plus

profondes que les erreurs orthographiques ou grammaticales, qui existent quoi qu'il en

soit, car c'est tout un système de mise en perspective intellectuel qui est mis en

question : la communication ne se réduit plus qu'à quelques signes bien choisis pour

exprimer ce que l'on considère essentiel. Les jeunes gens éprouvent des difficultés à se

projetter dans la réflexion ; la leur ou celle d'autrui qu'ils ont tendance à trouver toujours

un peu trop "prise de tête".

Ce constat semble quelque peu négatif mais les modes de communication via internet

offrent bien d'autres possibilités et il me paraît urgent de les indiquer aux éléves du

secondaire (en particulier), avant qu'une simplification de la langue ne s'accompagne

d'une simplification de la pensée.

Anne Adras